Soixante quinzième jour

Day 75 _ poetry alive
Les parenthèses anonymes.

C’est une sensation étrange, tout de même, que le sentiment d’avoir pu duper son monde, l’espace de quelques heures. Une sensation qui explique à elle-seule le sourire idiot qu’on laisse échapper malgré soi, à l’instant où l’on tourne la clef dans la serrure, le soir en rentrant.

Ces petits trous dans l’agenda, ces parenthèses anonymes sonnent comme autant de victoires sur le monde, que l’on goûte jalousement, égoïstement, quelque part dans un coin de sa tête. Car il doit y avoir quelque chose de grisant, à la réflexion, à la simple idée de penser que rien ne nous relie plus à rien. Qu’aucun secours ne surgirait si l’on devait s’évanouir là-bas, après la butte, sous la tonnelle. Qu’une fuite en avant ne serait pas aussi belle, sans l’espoir d’un retour certain.

Il faut de l’eau, bien sûr, quelque part dans le décor. Des arbres, aussi, et des vieilles pierres aux alentours. Des chemins pentus et, pourquoi pas, une paire de baskets oubliée dans le coffre. Parfois, une escapade un peu plus longue, avec des viennoiseries en plus du café matinal, au troquet du village ou dans le bleu d’une chambre d’hôtes. Du silence, toujours, qui ne se craquellera que sous l’effet d’une bande fm éparpillée dans l’habitacle. Etre, disparaître, ré-apparaître … ces parenthèses anonymes me font penser à des tours de passe-passe, des parties de cache-cache dont on oublie le compte à rebours.

Jérôme Karasz
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